Actualités

Superuser au poker en ligne : le compte Paul Gregg avait été signalé à deux sites avant le scandale

Avant le scandale du superuser, rendu public au début d’octobre 2026, deux opérateurs de poker avaient reçu des alertes au sujet du compte Paul Gregg.

Kévin Truong Par Kévin Truong
Superuser au poker en ligne : le compte Paul Gregg avait été signalé à deux sites avant le scandale
Deux as et des jetons sur un tapis vert : dans l'affaire du superuser au poker en ligne, des attaquants auraient pu voir les cartes privatives de leurs cibles.

En bref

  • C’est ce qu’a rapporté PokerNews France le 3 octobre 2026, en reprenant pour l’essentiel les informations du média espagnol Poker Red.
  • Patrick Howard estime pour sa part que l’affaire transformera le poker en ligne « pour toujours ».
  • Le poker en ligne a déjà été secoué par plusieurs affaires de superusers.

Avant que le scandale du superuser ne devienne public, au début d’octobre 2026, au moins deux opérateurs de poker en ligne avaient déjà reçu des alertes au sujet d’un compte baptisé Paul Gregg. C’est ce qu’a rapporté PokerNews France le 3 octobre 2026, en reprenant pour l’essentiel les informations du média espagnol Poker Red. Un joueur de hautes limites reproche à ce compte de lui avoir coûté une somme à six chiffres. Les éléments qui suivent sont des accusations et des témoignages rapportés par ces deux médias.

Une faille passée par des applications tierces

Dans la semaine qui a précédé l’article de PokerNews, un spécialiste de la cybersécurité présent sur X sous le pseudonyme @wolfsec0x0 a exposé l’affaire. D’après son récit, repris par le site, des attaquants se servaient d’outils logiciels extérieurs aux salles de poker pour voir ce qui s’affichait sur l’écran de leur cible ; ils pouvaient ainsi découvrir ses cartes privatives. Les faits remonteraient à deux ans.

Une trentaine de joueurs de high stakes auraient été visés. Parmi les comptes mis en cause, PokerNews cite celui d’un utilisateur qu’il qualifie de « mystérieux » : Paul Gregg. L’article ne relie ce pseudonyme à aucune identité réelle.

Deux sites prévenus, selon Poker Red

D’après Poker Red, cité par PokerNews, deux opérateurs avaient été mis en garde à propos de ce compte. L’un d’eux l’aurait alors exclu, aurait saisi 100 000 $ et indemnisé les joueurs lésés.

Un coach avait écrit à GGPoker en septembre

Toujours selon le média espagnol, Patrick Howard, coach chez Mobius Poker, avait adressé en septembre un rapport à GGPoker pour lui signaler le comportement qu’il jugeait suspect du compte. Il ne l’accusait pas directement de tricher : il demandait à l’opérateur de pousser plus loin ses vérifications. Le vendredi 2 octobre 2026, il a indiqué sur X que GGPoker était revenu vers lui à propos de cette enquête. L’article ne dit rien des conclusions de l’opérateur. Patrick Howard estime pour sa part que l’affaire transformera le poker en ligne « pour toujours ».

Un site non régulé dit avoir agi tôt

Un autre opérateur, non régulé, aurait repéré ce compte bien plus tôt, plus de deux ans avant la publication de PokerNews, et réagi vite. Mario Mosbock, joueur de hautes limites et ambassadeur de cette salle, a confirmé que son service de sécurité avait identifié le compte, saisi 100 000 $ et prononcé son exclusion. L’article ne nomme pas la plateforme.

Patrick Leonard, autre ambassadeur de la même salle, avance une chronologie différente : sur X, il a situé la détection environ un an plus tôt, après moins d’une semaine d’activité du compte. Il a reconnu que l’équipe ignorait ce que faisait précisément ce joueur, tout en jugeant manifeste qu’il en savait plus que ses adversaires.

Jetons empilés et deux dés rouges posés sur le repose-poignets d'un ordinateur portable, écran hors champ.
Jetons sur un ordinateur portable : selon les médias cités, le compte Paul Gregg avait été signalé à deux sites de poker en ligne avant que le scandale ne devienne public. Source : Pixabay. Photographe : AidanHowe. Licence : Pixabay Content License.

Selon lui, une centaine de joueurs avaient confié, des années auparavant, leurs doutes sur ce compte à plusieurs opérateurs. Il affirme que le compte avait néanmoins pu continuer à jouer, gagner puis encaisser ses gains, avec des win rates qu’il tient pour sans doute impossibles et des abattages de cartes qui, à ses yeux, n’avaient aucune logique. Ces appréciations sont les siennes.

Le vendredi 2 octobre 2026, Patrick Leonard a aussi écrit sur X que le futur du poker en ligne dépendait des opérateurs, et de leur détermination à enquêter puis à sévir contre les bots, ainsi que contre les profils isolés de ce type.

Une victime chiffre ses pertes

Poker Red a également interrogé le joueur professionnel Ignacio Moron, qui dit avoir affronté le compte Paul Gregg. Il évalue ses pertes face au superuser entre 100 000 et 200 000 $, dont 60 000 $ perdus, selon lui, en un quart d’heure. Ces montants sont ses propres estimations.

Ce que dit le communiqué de Jurojin

Jurojin Poker, l’une des deux applications compromises, a diffusé un communiqué la même semaine pour présenter la situation et les dispositions retenues afin d’empêcher qu’un tel incident se reproduise. L’éditeur y décrit une action « extrêmement ciblée », pas une attaque de masse, conduite selon lui par un tricheur connu qui s’en prenait à des adversaires précis, surtout aux hautes limites, afin de voir leurs cartes à distance.

Le communiqué ajoute que Jurojin n’était qu’une des applications visées par cette même personne, IntuitiveTables en faisant aussi partie. Toujours selon ce texte, l’auteur exploitait en outre des sites d’hameçonnage qui copiaient des salles de poker et des outils réputés auprès des joueurs.

Ce qui restait inconnu au 3 octobre 2026

À la date de son article, PokerNews ignorait combien de plateformes la faille avait réellement touchées. Le site estimait qu’il s’agissait vraisemblablement d’une offensive dirigée contre quelques dizaines de joueurs.

Un précédent dans l’histoire du poker en ligne

Le poker en ligne a déjà été secoué par plusieurs affaires de superusers. PokerNews rappelle que la plus connue reste celle de Russ Hamilton, qui, à la fin des années 2000, s’était servi de son compte « POTRIPPER » pour soutirer plusieurs millions de dollars aux clients de deux salles, Absolute Poker et Ultimate Bet.

Photo à la une. Source : Pixabay. Photographe : Moos-Media. Licence : Pixabay Content License.

Kévin Truong

Kévin Truong

Kévin Truong est développeur et joue au poker en ligne depuis une dizaine d'années, surtout en tournois à petit buy-in. Il écrit sur les techniques de jeu : position, bluff, jeu à tapis, calcul des cotes. Il vérifie ses exemples avec un logiciel d'analyse avant publication. Il passe souvent ses vacances à randonner au Vietnam, dans la région natale de ses parents.