Une caméra capable de repérer une mauvaise distribution relance le débat sur le pitch

Directeur de tournoi, Justin Hammer soutient le slide pitch après une démonstration au G2E, mais prévient que les opérateurs ne basculeront pas d’un coup.

Julien Fabre Par Julien Fabre
Une caméra capable de repérer une mauvaise distribution relance le débat sur le pitch
Un croupier en chemise blanche à une table de jeu de casino, avec jetons et sabot de cartes posés sur le tapis rouge.

En bref

  • Une démonstration au G2E de Las Vegas a montré qu’une caméra minuscule peut repérer des cartes mal distribuées.
  • Justin Hammer défend le slide pitch face au pitch classique.
  • Il compare l’enjeu au passage à la big blind ante vers 2018.
  • Il demande aux joueurs de soutenir les partisans du changement.

Le slide pitch finira par s’imposer dans les salles, estime Justin Hammer, mais pas du jour au lendemain. Dans une tribune publiée par Poker.org, ce responsable de tournois explique pourquoi les opérateurs hésitent encore et ce qu’il attend des joueurs.

Une caméra, deux façons de distribuer

Justin Hammer revient du G2E, le Global Gaming Expo de Las Vegas, où une démonstration a beaucoup fait parler dans le monde du poker. On y voyait une minuscule caméra capable de distinguer les cartes d’un paquet lorsque le croupier les distribue mal, c’est-à-dire quand elles sont mal pitchées.

L’épisode a relancé une discussion déjà ancienne : faut-il que les croupiers pratiquent un slide pitch, ou garder le pitch classique, auquel la plupart des joueurs américains sont habitués ?

Hammer sait le sujet sensible, et il reconnaît que des gens s’énerveront dans les deux camps. Il prend pourtant position : « First off, let me say I support the slide pitch. » À ses yeux, si l’on reconstruisait le poker de zéro, c’est cette méthode qui serait retenue. Il juge donc raisonnable d’y passer et de rallier tout le monde, malgré l’habitude de l’autre geste.

Pourquoi les opérateurs freinent

Le point que beaucoup de joueurs sous-estiment, selon lui, tient en une phrase : « But the thing that a lot of players don’t understand is that large-scale change in poker takes time. »

Il rappelle le passage à la big blind ante, vers 2018. Matt Savage et lui étaient convaincus que c’était mieux, mais la transition a été difficile pour les joueurs comme pour les organisateurs.

Roi de cœur, dame de cœur et dame de pique posés sur une table en bois, à côté d’une pochette en tissu et d’un objet noir flou.
Trois cartes à jouer, roi de cœur, dame de cœur et dame de pique, posées sur une table en bois près d’une pochette en tissu. Photo : Jonathan Robles / Pexels

Le cas du slide pitch ajoute une difficulté. Il faut demander à un opérateur de modifier une pratique installée, et de le faire de façon anticipative : on pense que continuer ainsi mènera à de mauvaises choses, sans que le problème se soit forcément déclaré. Hammer dit que les exploitants y voient une possible baisse de revenus, la nécessité de réentraîner le personnel, entre autres contraintes. Il comprend donc qu’ils rechignent à basculer du jour au lendemain.

Qui pousse sur le terrain, et ce que Hammer demande aux joueurs

Matt Savage, Executive Tour Director du WPT, soutient le changement et fait, d’après Hammer, une grande partie du travail de terrain. Les deux hommes interviennent comme invités dans différents lieux. Ils ne décident pas nécessairement de la manière de pitcher, mais ils donnent conseils, avis et suggestions pour améliorer l’expérience des joueurs et des opérateurs. Hammer assure, d’expérience, que cela demande du temps.

Il comprend la colère des joueurs et l’importance du sujet. Pour lui, l’intégrité du jeu passe avant tout : « Game integrity is the most important thing about my job and implementing the slide pitch is something that I believe we can, and will, get done. » Il prévient toutefois que cela prendra un peu de temps.

Son message aux joueurs est direct : patienter, soutenir ceux qui sont favorables au passage, et continuer de convaincre les autres.

Justin Hammer est Live Events Director de PokerAtlas, directeur de tournoi en ligne pour l’application Hijack et directeur de tournoi au Thunder Valley Casino Resort. Il est aussi consultant et actionnaire minoritaire du Desert Bluffs Casino, à Kennewick, dans l’État de Washington.

Photo : Anna Shvets / Pexels

Julien Fabre

Julien Fabre

Julien Fabre a appris le poker à l'université, puis a joué en semi-professionnel pendant quatre ans, en cercle et en ligne. Il écrit sur la stratégie : ranges, gestion de bankroll, lecture des tailles de mise. Il illustre ses conseils par des mains réelles, y compris celles qu'il a mal jouées. Il enseigne aujourd'hui les mathématiques dans un collège toulousain.